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Gran'Mère Kal FB TPB 05

A La Réunion (où, c’est bien connu, tout se mélange pour « métisser » des liens plus forts qu’ailleurs), le 31 octobre fait entrer en fusion (sous l’oeil bienveillant de notre volcanique Piton) une belle paire de cultes (+ ou – occultes) idéalement mis en soudure par la force de leur côté obscur ! Unis pour le meilleur du pire car tous deux mettent à l’honneur… et à l’horreur, la sorcellerie et ses diableries ! 😉

Petit éclairage sur notre « GranMèreKalloween » péi

Il faut remonter au temps de l’esclavage pour voir la grimaçante figure de Gran’Mère Kal s’inscrire durablement, et traditionnellement, dans l’imaginaire réunionnais.
Elle est célébrée, de nos jours, à la même date qu’une certaine Halloween
(apparue récemment dans les rayons de nos supermarchés). Inévitablement, cette dernière eut droit à une créolisation qui lui permit de s’enrichir de la diversité des versions données à la foisonnante légende de Kal ! En effet, en fonction des régions, l’histoire racontée est différente. Seul point commun à toutes, la peur que suscite cette sinistre héroïne aux allures de sorcière, qui hante l’esprit des enfants et des adultes.

Voici les 4 échos les plus répandus, qui se répondent d’un coin à l’autre de l’île…

1) Grand Mère Kalle était une grande propriétaire de plantation, particulièrement dure avec ses esclaves. A la recherche d’un commandeur qui materait les plus fortes têtes, elle avait acheté Mafate, originaire de Gorée (côte Ouest de l’Afrique), grand, fort et intelligent. Or, celui-ci ne supporta pas sa façon d’agir avec les esclaves et décida de s’enfuir. Progressant dans l’intérieur de l’île, il découvrit un cirque qu’il trouva merveilleux et imagina aussitôt combien la vie des esclaves de la Grand Mère Kalle pourrait être paisible et heureuse, en ce lieu ! Fort de cette pensée, il retourna à la propriété et invita tous les esclaves à un grand Kabar pour leur raconter ce qu’il avait vu. Ils firent ensemble un plan pour s’évader après avoir mis le feu à l’habitation pour détourner l’attention. Malheureusement, un des esclaves était un macrotin, qui alla tout raconter à la Grand Mère Kalle. Le lendemain, les fomenteurs de marronnage furent entourés par les propriétaires voisins armés jusqu’aux dents. Mafate réussit à s’échapper, mais au moins dix esclaves périrent dans l’opération. Pour se venger, Mafate prépara une décoction de plantes qu’une esclave de maison fit boire à la Grand Mère Kalle. Lorsqu’elle avala la potion, celle-ci poussa de grands cris et se transforma en oiseau noir qui s’enfuit vers la forêt en hurlant « Tout ! Tout ! ».
Leur maîtresse « envolée », les esclaves purent s’enfuir dans le cirque où ils vécurent libres et heureux pendant de longues années sous la conduite de Mafate, devenu leur chef et dont le cirque, aujourd’hui, porte le nom !!

Gran'Mère Kal FB TPB oiseau

2) M. Hibon de Frohen, qui habitait Mahavel, avait à son service une esclave dévouée nommée Kal ; tout se passait bien avec ses maîtres mais c’est son fils qui lui causait beaucoup de soucis. Après un nouveau méfait, celui-ci alla se jeter à la mer, près de Ravine Blanche, face au petit oratoire qui se trouve à l’entrée de Saint-Pierre. Kal se serait jetée à la suite de son fils dans les flots pour le sauver ou pour, à son tour, de désespoir, se suicider. Depuis lors, Gran’Mère Kal prévient les familles et leurs fils ainés d’un malheur en criant « Touc ! Touc ! » quelques nuits avant que celui-ci ne se produise. Cette croyance s’est étendue à toute la région Sud. Le cri serait celui d’un oiseau de mer qui vient nicher dans les montagnes à certaines époques de l’année.

3) Dans une famille de l’Ouest vivait autrefois une esclave magnifique nommée Kalla. Certains disent qu’elle était battue, d’autres qu’elle avait volé, d’autres encore qu’une histoire d’amour avait foudroyé sa vie, d’autres enfin que son fils lui avait été volé par le maître et vendu à un autre propriétaire. Ce qui n’était pas chose rare, hélas, en ce temps-là où un esclave était considéré comme un meuble ou un animal. Toujours est-il que la vieille Kalla, un jour, disparut. Sur la suite, deux versions existent : elle se serait pendue ou bien jetée dans le Gouffre près de l’Étang-Salé, connu pour être un lieu toujours propice au suicide.
A cette époque, certains voyageurs, pris dans le fénoir, rapportèrent d’étranges phénomènes : ils entendaient comme une voix ou apercevaient des lumières dans la montagne à des endroits inhabités ; certains affirmaient même qu’ils avaient vu une vieille femme noire, au détour du chemin ? Il s’en trouva enfin pour jurer qu’elle était à cheval sur un manche à balai et fonçait vers la forêt ! Autant d’étrangetés ne pouvaient être dues qu’à une âme errante… que les gens surnommèrent Kal.

Gran'Mère Kal FB TPB 06

4) Grand Mère Kal était une vieille femme qui habitait une case près du pont de la Ravine des Cafres, à Mahavel. Elle cachait chez elle des condamnés et organisait des guet-apens en invitant les voyageurs qui passaient à proximité de sa case à boire un café ou un verre de rhum. Si l’un d’eux avait de l’argent sur lui, elle prévenait ses malfrats qui attendaient que le voyageur reprenne la route pour le suivre et le détrousser au passage de la Ravine des Cafres, achevant leur méfait en le précipitant au fond du ravin. Cette femme fut à l’initiatives de tant de crimes qu’à sa mort son âme s’échappa par la toiture de sa case, la condamnant à errer, décapitée, avec un grand chapeau posé au bout de son cou étêté. Son rôle est d’annoncer la mort, la nuit, en rodant près des cases. Elle vient chaque fois que quelqu’un est gravement malade. Si elle ricane de manière sinistre, elle annonce la mort. Si, au contraire, elle passe en pleurant, c’est bon signe pour le malade.

Mais pourquoi Gran’Mère Kal hante-t-elle l’île ?

Si Kal hante les nuits de l’île, c’est parce que son corps (comme tous les cas de figures précédemment exposés l’ont montré) n’a pas de sépulture. Or, chacun sait qu’aucune âme ne trouve le repos sans lieu prévu à cet effet. Voilà pourquoi, depuis des siècles, Gran’Mère Kal se manifeste pour signifier qu’elle attend simplement d’être enterrée dignement. Certaines rumeurs racontent pourtant qu’un jeune homme courageux aurait comblé ce désir profond pour ne plus être dérangé par ses menaces. Ce qui expliquerait pourquoi Gran’Mère Kal est aussi discrète ces derniers temps. D’autres racontent que ce sont les bruits de notre vie moderne qui nous empêchent d’entendre ses manifestations…

Pour y voir plus clair sur ce mystère, ne reste qu’une chose à faire : plonger au cœur de la nuit qui lui est dédiée ! 😉

JEU D’ENFANTS : Gran’Mère Kal n’est pas uniquement une légende ou une fête destinée aux enfants ; elle a aussi inspiré un jeu dans lequel l’un des enfants doit incarner Gran’Mère Kal. C’est une sorte de jeu du chat.
Pour y jouer, l’enfant doit recouvrir sa tête d’un grand châle noir puis répondre à la question : « Gran’Mère Kal, quelle heure est-il ? » que les autres enfants lui posent. Il ne se passe rien tant que Gran’Mère Kal ne répond pas « minuit! », l’heure qu’elle choisit pour se jeter sur le premier imprudent qu’elle pourra toucher… et qui deviendra alors, à son tour, Gran’Mère Kal.

Gran’Mère Kal est le croque-mitaine réunionnais.

Elle revêt la symbolique du personnage maléfique, censé être bien réel, qui sévit un peu partout dans le monde, pour faire peur aux enfants désobéissants.
Gran’Mère Kal, à La Réunion, fait planer sur la tête des garnements la menace de venir les enlever, la nuit, dans leurs lits. Son rôle est d’effrayer… pour calmer.Gran'Mère Kal FB TPB 04Mais il se trouve qu’elle est aussi devenu un personnage de fiction que l’on retrouve dans de nombreux contes créoles. Généralement associée à l’esclavage et au Volcan
(le Piton de la Fournaise) où elle côtoie souvent Grand Diable qui est son époux dans certaines histoires, elle peut être blanche ou noire, selon le choix du narrateur ou de l’imagination des enfants.
horrible gran'mère Kal
Rappelons, enfin, aux ‘pas sages’
– Attention, Gran-Mère Kal va s’occuper de vous ! – qu’Halloween est la contraction d’All Hallows Eve, signifiant « the eve of All Saints’ Day » en anglais contemporain, soit « la veillée de la Toussaint ».

grunge-halloween

Et pour que le tableau soit complet, ajoutons la version du « Letchi » qui mérite les coups d’œil, d’oreilles et de chapeau !!

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